Le chanvre : l’or vert des constructeurs !

Des débuts difficiles

Il y a 25 ans, le chanvre était introduit sur le marché des matériaux de construction. Ce ne fut pas une catastrophe, mais presque. La raison ? La technique adéquate pour utiliser la chènevotte (le cœur de la tige de chanvre) de façon brute n’avait point été découverte.

A l’époque, on imprégnait alors la chènevotte avec des silicates de sodium (parfois de potassium), dans le but de diminuer son caractère hydrophile ; ce dernier était de fait jugé incompatible avec l’utilisation conjointe de liants de nature hydraulique. Le procédé était à la fois compliqué, coûteux et peu fiable. Ceci explique la disgrâce momentanée du chanvre.

Un champion dans la lutte contre le réchauffement climatique

Le retour en grâce du chanvre dans le monde de la construction tient beaucoup aux qualités intrinsèques du chanvre, mais aussi, et peut-être plus encore, aux exigences croissantes des gouvernements successifs en matière de lutte contre le réchauffement climatique ; autrement dit, à des raisons d’ordre conjecturel.

Dès 2003, la France s’est engagée pour une diminution par 4 de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. En 2012, les différents acteurs du Grenelle de l’environnement se sont efforcés de respecter cet engagement passé, en plafonnant les dépenses d’énergie primaire au sein des bâtiments neufs à 50 kWhEP/m²/an.

Cette position est, somme toute, logique, vu que la moitié des émissions de CO2 dans l’atmosphère est liée à la construction et à la vie ultérieure des bâtiments. Aujourd’hui, du reste, la pression verte s’intensifie sur les constructeurs. La RT 2015 fixe le plafond à 30 KWhEP/m2/an !

Cependant, l’accélération programmée de la transition énergétique pourrait bien être une chance inespérée pour le chanvre et pour tous ceux qui, bientôt, de plus en plus, pourront bénéficier de ses multiples qualités. Pour l’instant, ce qui nous intéresse dans le chanvre est une propriété particulièrement intéressante aujourd’hui : celle de pouvoir stocker le CO2. Ainsi, une tonne de béton de chanvre piègerait 138 Kg de CO2. Plus significatif peut-être encore, pour une construction de 100 m2, le béton de chanvre emprisonnerait jusqu’à 20 tonnes de carbone !

Notons que le chanvre, pendant sa culture, a déjà piégé plus de CO2 que celui qui sera émis dans l’atmosphère durant le chantier de construction. C’est donc le matériau vert par excellence, celui dont l’empreinte carbone est la plus faible, puisque cette dernière n’est pas nulle, mais carrément négative !

Des qualités exceptionnelles

Le béton de chanvre fait partie des matériaux à forte inertie thermique ; ce qui signifie concrètement qu’il permet de maintenir au sein de l’habitat une température relativement constante, en dépit des variations de la température extérieure. Grâce à sa structure poreuse qui piège la vapeur d’eau, le béton de chanvre régule aussi l’humidité du bâtiment. A tel point que, du point de vue de l’hygrométrie, un bâtiment construit avec du béton de chanvre pourrait se passer de VMC ! Sa structure poreuse le rend, de même, résistant au gel. Soumis, en laboratoire, pendant une semaine à une température constante de -20 ° C, on n’a pu observer aucun phénomène de fissuration du matériau.

Plus étonnant encore, le béton de chanvre, naturellement imperméable, présente une très bonne résistance au feu. Cette dernière s’explique, pour une part, par les qualités mêmes du chanvre et, d’autre part, par la présence de chaux dans les liants utilisés dans le béton de chanvre. Très peu combustible, le béton de chanvre soumis au feu produit des fumées très limitées et aucune goutte ni débris enflammé. Ce qui lui a mérité un classement, selon les normes européennes, au niveau A2 S1 d0*.

Le béton de chanvre possède encore d’autres propriétés intéressantes pour un habitat sain : il assure une très bonne isolation phonique (son coefficient d’absorption acoustique, sur une échelle qui va de 0 à 1, est de 0,8) ; il est de plus anticryptogamique et naturellement répulsif pour les insectes (en particulier pour les termites). Il arrêterait même une partie des rayonnements électromagnétiques dont notre atmosphère est aujourd’hui saturée.

Le béton de chanvre a donc tout pour assurer le confort de l’habitat. Nul doute qu’il devienne, d’ici-peu, l’or vert des constructeurs !

* La norme européenne doit être ainsi comprise : A2 = produits peu ou très peu combustibles ; S1 = production de fumée très limitée ; d0 = pas de production de goutte ou de débris enflammés.

About the Author

Roland Wauters
Roland Wautters est maître d’œuvre pour une PME du secteur de la rénovation il réalise et conçoit les cahiers des charges des différents chantiers de rénovation ainsi que la passation des marchés, la rédaction des contrats et la réception des ouvrages.

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